Simon est surnommé « le zélote », parce qu’il brûlait de zèle pour Dieu comme le prophète Elie. Jude est appelé par Matthieu et Marc « Thaddée » (Mt 10,3; Mc 3,18). Luc l’appelle « Jude de Jacques » (Lc 6,16 ; Ac 1,13). Jean dit que Thaddée posa cette question à Jésus dans le discours après la Cène : «Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde ? » Jésus répondit : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » (Jn 14,22-23).

Nous savons peu de choses sur ces deux cousins de Jésus. Dans un premier temps, il semble bien qu’ils aient préféré Jean-Baptiste à Jésus. Mais, peu à peu, ils comprirent ce que le Précurseur leur avait dit : Jésus est plus grand que moi ! La tradition dit encore que Simon était secrétaire dans un tribunal de commerce à Tibériade. Il aimait la justice et voulait la faire respecter. Jude, quant à lui, pratiquait le métier de pêcheur avec son frère Jacques. Il avait beaucoup d’ardeur. Après l’assomption de la Vierge Marie, Simon se rendit en Egypte et en Afrique. Jude en Perse. Ils firent l’un et l’autre des miracles et furent martyrisés, tous les deux, en Perse.

A Jude Thaddée a été attribuée la paternité de l’une des Lettres du Nouveau Testament, qui sont appelées « catholiques » car adressées non pas à une Eglise locale déterminée, mais à un cercle très vaste de destinataires. Celle-ci est en effet adressée « aux appelés, bien-aimés de Dieu le Père et réservés pour Jésus Christ » (v. 1). La préoccupation centrale de cet écrit est de mettre en garde les chrétiens contre tous ceux qui prennent le prétexte de la grâce de Dieu pour excuser leur débauche et pour égarer leurs autres frères avec des enseignements inacceptables, en introduisant des divisions au sein de l’Eglise « dans leurs chimères » (v. 8); c’est ainsi que Jude définit leurs doctrines et leurs idées particulières. Il les compare même aux anges déchus et, utilisant des termes forts, dit qu’«ils sont partis sur le chemin de Caïn » (v. 11). En outre, il les taxe sans hésitation de « nuages sans eau emportés par le vent ; arbres de fin d’automne sans fruits, deux fois morts, déracinés ; flots sauvages de la mer, crachant l’écume de leur propre honte ; astres errants, pour lesquels est réservée à jamais l’obscurité des ténèbres » (vv. 12-13).

Aujourd’hui, disait Benoît XVI, nous ne sommes peut-être plus habitués à utiliser un langage aussi polémique, qui nous dit cependant quelque chose d’important. Au milieu de toutes les tentations qui existent, avec tous les courants de la vie moderne, nous devons conserver l’identité de notre foi. Certes, la voie de l’indulgence et du dialogue, que le Concile Vatican II a entreprise avec succès, doit assurément être poursuivie avec une ferme constance. Mais cette voie du dialogue, si nécessaire, ne doit pas faire oublier le devoir de repenser et de souligner toujours avec tout autant de force les lignes maîtresses et incontournables de notre identité chrétienne. D’autre part, il faut bien garder à l’esprit que notre identité demande la force, la clarté et le courage face aux contradictions du monde dans lequel nous vivons. C’est pourquoi le texte de la lettre se poursuit ainsi : « Mais vous, mes bien-aimés, - il s’adresse à nous tous - que votre foi très sainte soit le fondement de la construction que vous êtes vous-mêmes. Priez dans l’Esprit Saint, maintenez-vous dans l’amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ en vue de la vie éternelle. Ceux qui sont hésitants, prenez-les en pitié... » (vv. 20-22).
La Lettre se conclut sur ces très belles paroles : « Gloire à Dieu, qui a le pouvoir de vous préserver de la chute et de vous rendre irréprochables et pleins d’allégresse, pour comparaître devant sa gloire : au Dieu unique, notre Sauveur, par notre Seigneur Jésus Christ, gloire, majesté, force et puissance, avant tous les siècles, maintenant et pour tous les siècles. Amen.
On voit bien que l’auteur de ces lignes vit en plénitude sa propre foi, à laquelle appartiennent de grandes réalités telles que l’intégrité morale et la joie, la confiance et, enfin, la louange ; le tout n’étant motivé que par la bonté de notre unique Dieu et par la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ. C’est pourquoi Simon le Cananéen, ainsi que Jude Thaddée, doivent nous aider à redécouvrir toujours à nouveau et à vivre inlassablement la beauté de la foi chrétienne, en sachant en donner un témoignage à la fois fort et serein.